Une école de sabre de première importance mais relativement peu connue en comparaison du Yagyu shinkage ryu ou du Katori shinto ryu est sans nulle doute l’école Itto ryu, c’est-à-dire l’école du sabre unique.

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Adolescent, son futur fondateur fut repêché sur le rivage du petit village Ito. Montrant des talents pour le sabre, il décida de se rendre au célèbre sanctuaire Hachiman de Kamakura où il se dédia à une pratique intensive durant six jours et six nuits.

Au cours du septième jour, il subit l’attaque d’un bandit et il réagit de manière instinctive en se retournant, en dégainant et en abattant son assaillant d’un coup unique. Il découvrit alors, sans même savoir comment il avait fait, la technique fondamentale de son style. Il adopta par la suite le nom de Ito Ittosai Kagehisa.

Deux des principaux courants du Itto ryu, le Ono ha Itto ryu et le Hokushin Itto ryu exercèrent une influence majeure sur ce qui allait devenir le kendo moderne.En effet, avant de devenir le sport moderne que l’on connait, le kendo constituait une partie des écoles traditionnelles de sabre, avec leurs conceptions et leurs techniques propres, ayant pour but de se tester dans des conditions de sécurité acceptable.

Le Ono ha Itto ryu est à la fois la plus ancienne et la plus importante des branches du Itto ryu. On doit sa création au successeur immédiat de Ittosai, Ono Jiroemon Tadaaki (1565-1628). Ce dernier fut tout comme l’illustre Yagyu Munenori, instructeur des deuxième et troisième shogun Tokugawa, mais il semble que son caractère sévère fit qu’il fut moins respecté que Munenori, bien que de force au moins égale.

Le Ono ha Itto ryu repose sur la technique dite Kiri Otoshi ainsi que sur l’adage « itto sunawachi banto » (一刀すなわち万刀) qui se traduit par « Un sabre autrement dit dix mille sabres » et qui peut s’interpréter par le fait que par la compréhension d’une technique fondamentale de coupe, on arrive à comprendre une myriade de variations.

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Sasamori sensei

L’actuel soke du Ono ha Itto ryu, le 17ème, Sasamori Takemi continue à perpétuer la tradition à Tokyo. Erudit chrétien, il enseigne dans une église de l’arrondissement de Setagaya ainsi qu’au sein de l’université de la police. A lire, une intéressante traduction d’une interview accordée par Sasamori sensei sur le blog «  Sur les pas de Mars« 

L’une des particularités remarquables de cet escrime est l’utilisation par celui qui joue le rôle de Uchitachi de très épais gants de protection, les Onigote. Traditionnellement, Uchitachi est le rôle tenu par le plus expérimenté. 3527537471_2618e9257f

Démonstration du Ono ha Itto ryu

Deux illustres pratiquants du Ono ha Itto ryu ont permis de faire connaitre ce style de kenjutsu. Tout d’abord, le célèbre samurai de l’ère Meiji, Yamaoka Tesshu et le non moins réputé fondateur du Daito ryu, Takeda Sokaku.081797_2a

Takeda Sokaku

C’est encore enfant, en 1869, que Sokaku apprit le Ono ha Itto ryu au dojo Yokikan de Shibuya Toma à Aizu.

(NdT: La zone d’Aizu est un ancien fief féodal situé dans l’actuelle préfecture de Fukushima)

Ce style de kenjutsu fut transmis par Ono Jiroemon Tadatsune à Hoshina Masayuki (1643-1669, seigneur du fief) et depuis lors, perpétué par les Daimyo d’Aizu. Les membres de la famille Shibuya dont descendait Shibuya Toma occupaient le rôle de médecins de confiance des Daimyo d’Aizu.

C’est au cours de cette pratique, dans la logique de la formation de la classe guerrière japonaise, que le jeune Sokaku démontra sa formidable capacité en escrime et qui lui valut le surnom de Aizu no kotengu (le petit tengu d’Aizu)

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Le célèbre héro japonais Ushiwakamaru affrontant les Tengu du mont Kurama

Sokaku étudia par la suite d’autres écoles dont le Jikishinkage ryu à Tokyo, au Sakakibara dojo mais ce sont des formes du Ono ha Itto ryu (modifiés par rapport à ce qui est enseigné dans la branche-mère de Sasamori sensei par exemple) qu’il incorpora au cursus du Daito ryu transmis à son fils Tokimune. 095-takeda-tokimune

Takeda Tokimune

Takeda Sokaku donna notamment à l’un de ses derniers élèves Yamamoto Kakuyoshi le conseil suivant:

« Les sabreurs de kenjutsu doivent utiliser un sabre silencieux« 

ce qui signifie que contrairement aux sabreurs de kendo, on ne devait pas emettre de son, cela afin d’empêcher l’adversaire de prédire nos mouvements en se basant sur la voix ou sur le souffle. Il semblerait qu’au dojo de Sakakibara sensei de Tokyo, aucun son n’était émis durant la pratique, de plus le sol était recouvert d’azuki, graine d’haricots rouges, afin de rendre capable les pratiquants d’utiliser le sabre même quand le sol était instable.

Takeda Sokaku enseigna également à Yamamoto un mode de pensée vital en cas de combat avec un vrai sabre afin de déterminer qui survivrait:

« Quand vous avez dix matchs avec quelqu’un, assurez-vous de gagner le premier, les autres n’ont aucune importance. Vous pouvez les perdre et laissez l’adversaire en tirer tout le crédit du succès« 

Yamamoto Kakuyoshi, que l’on considère souvent comme le dernier uchi deshi de Takeda Sokaku, racontait que lorsqu’il dormait, son maître avait toujours un sabre court sous son oreiller, un tessen (éventail de fer) à la main et son sabre long à proximité. Ce qui reste en adéquation avec l’extrême prudence que Sokaku observait à chaque instant de son existence.

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La pratique du Daito ryu au sein du dojo de Yamamoto Kakuyoshi

Vers la fin de sa vie, Yamamoto se vit offrir par Takeda sensei son sabre. Il intégra les principes du Daito ryu et du sabre apprit avec Takeda sensei dans un style de Iai, le Mugen Shinto ryu Iaijutsu.

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Written by Eric Grousilliat

Débute la pratique de l’aikido en 1988. En 1993, rencontre avec Tamura Nobuyoshi sensei dont il va suivre l’enseignement jusqu’au décès de ce dernier en 2010. Tamura sensei lui délivre le 4e dan en 2009. S’installe au Japon, à Tokyo en 2008, et poursuit la pratique de l’aikido au Tendokan...
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