2016…partons du bon pied. Tout d’abord en vous adressant mes meilleurs voeux, et surtout en publiant un nouvel article après plusieurs mois d’absence.

DSC_0473

Ne vous inquiétez pas, j’ai eu le temps de trouver des excuses… Tout d’abord, technique, le blog a eu son lot d’attaques informatiques, ce qui fut la cause de quelques soucis pour le gestionnaire du site, et la source de quelques interruptions de service.

Mais plus personnellement, je jongle comme sans doute beaucoup d’entre vous, entre keiko, boulot et famille, j’arrive à pratiquer quasiment chaque jour mais l’arrivée de mon deuxième fils l’été dernier a quelque peu alourdi l’équation.

Bref, peu de temps pour réfléchir en profondeur à des sujets d’intérêt, et bien entendu, encore moins pour se consacrer à la traduction  écriture.

Malgré tout ça, je vais tenter d’aborder une notion à laquelle je réfléchis depuis quelques temps, le shisei.

Thema_&音 和の贈りもの_小笠原流礼法

Le terme shisei 姿勢que l’on traduit classiquement par « position, posture, attitude » se compose de deux kanji. Le premier, sugata 姿 désigne la forme, l’image, le second, ikioi 勢, la force, la vigueur, l’élan.

Comme toujours, extérieur et intérieur sont interconnectés, et c’est ce que suggère le terme shisei: d’une apparence surgit un élan vital qui agit sur son environnement.

Ueshiba

Dans son ouvrage « Aikido », Tamura sensei définissait le shisei ainsi:

Le sens de shisei ne désigne pas seulement une attitude extérieure: une bonne forme, un bon style, un bon maintien, mais aussi une force intérieure visible de l’extérieur dans sa manifestation (…)

En aikido, on appelle sankakutai 三角体une telle posture souple, équilibrée, permettant de se mouvoir librement, tel un tétraèdre régulier qui, en tournant, devient cône.

421189_3183613546814_1160002196_33417195_635413002_n

Bien entendu, shisei est un concept qui s’applique à tous les êtres humains, pas uniquement aux pratiquants de Budo/Bujutsu, et de par son origine, shisei est intimement lié au reigisaho 礼儀作法, l’étiquette. Et si au Japon on parle de reigisaho ou reiho (礼法), l’école de référence est sans aucun doute l’Ogasawara ryu, que j’avais déjà évoqué.

Le hasard m’a permis assez récemment de dénicher un ouvrage intitulé Nihon no reiho 日本の礼法 de Ogasawara Kiyonobu, 30 ème soke de l’école. Ce livre aborde de nombreux sujets liés au reiho, du shisei, présenté comme la base au pliage du hakama, etc. Je tenais à vous présenter ici quelques traductions du chapitre consacré au shisei.

DSC_1279

SHISEI

La base du reiho (礼法) consiste en un shisei correct.  A partir d’un shisei qui s’effondre, on est incapable de bouger correctement. Cependant un shisei correct n’est pas quelque chose  d’étriqué et de rigide. Il faut que ce soit une posture pleine de vie, pleine de santé. Le corps harmonieux, les muscles pleins, la peau ayant la souplesse de la jeunesse, les yeux gais, une démarche regorgeant de vigueur: c’est ce qu’on appelle la beauté sans distinction de sexe.

Le reiho japonais ne s’exprime pas seulement à travers  les manières et l’étiquette, la beauté du comportement est également importante.

Manières et étiquette sont un engagement et par conséquent, avec le sens commun, on est capable de les mettre en pratique. Connaitre cet engagement est bon. La beauté du comportement, cependant, est quelque chose qu’on peut acquérir graduellement à travers la pratique (稽古), en accumulant les bases.

Ce keiko consiste à réaliser son propre comportement au quotidien en ayant conscience de la direction correcte. Lorsqu’on s’incline pour saluer, cela n’a pas de sens de pencher la tête juste pour la forme. L’important est de faire comprendre à l’autre (aite 相手) sa sincérité (makoto 誠). Si on agit uniquement pour la forme, cela devient: incliner la tête inutilement je ne sais combien de fois. Si on salue avec le coeur, une seule fois suffit.

Pour être capable de s’incliner sincèrement, il est important d’avoir un shisei correct. Le shisei est, pourrait-on dire, le miroir du coeur.

DSC_1278

A propos du shisei

Parmi les diverses formes de shisei, réfléchissons à ce qu’est le shisei correct. Cela s’exprime tout d’abord par « conserver un arc tendu dans le centre » (中心に一張の弓をふくみ).

En cas de tension inutile dans les muscles, la respiration est étouffée, le comprtement s’émousse et l’esprit devient captif. De plus, même si on se décontracte, avec le dos voûté, la tête tombe en avant et la forme devient « mauvaise ». En physiologie du cerveau, on dit que pouvoir effectuer correctement des rotations de la tête montre le degré de travail de l’ensemble des muscles.

Si on regarde l’EMG (électromyographie) d’une « forme » avec le dos voûté et la tête tombant en avant, on comprend que les muscles ne travaillent pas entièrement. C’est un état de repos et par conséquent ce shisei ne facilite pas l’action. Chez les nombreuses personnes souffrant des vertèbres lombaires ou du « coup du lapin », la cause est toujours le repos de cette partie du corps et l’incapacité à renforcer les muscles (tanren).

Il est intéressant de constater qu’un shisei correct est important pour la rotation de la tête. En jeu de go ou en shogi (échec), au moment de la phase critique qui détermine la défaite et la victoire, on réfléchit en s’asseyant correctement en seiza. En piano et en violon également, lorsqu’un rythme délicat est joué, le shisei est réellement beau. Dans de telles actions, un shisei correct est important pour se mouvoir avec son coeur.

Le shisei debout

Réfléchissons à ce qui constitue l’allure correcte du shisei d’une personne se tenant debout. Tout d’abord, cela doit se conformer à la forme naturelle de la colonne vertébrale. Il faut ensuite que le centre de gravité se trouve dans la voute plantaire qui est le centre du pied. Puis finalement les pieds doivent se poser parallèlement.

DSC_1281

On enseigne qu’il ne faut pas relever le menton, qu’il ne faut pas laisser d’interstice au niveau du col, qu’il faut qu’oreille et épaule soient alignées. De plus, on doit laisser tomber les épaules et avoir une respiration sereine.

Réfléchissons maintenant au contraire: qu’est-ce qu’un mauvais shisei.

DSC_1282
  1. Le shisei où on creuse la poitrine et où on sort le ventre. Dans ce cas-là, la tête tombe en avant.
  2. Ensuite, le shisei où poitrine et fesses ressortent. C’est Dejiri Hatomune  出尻鳩胸 (fesses sorties, poitrine de pigeon)
  3. Le shisei où le haut du corps part en arrière et où le ventre ressort.

On peut remarquer que les point communs à ces mauvais shisei sont un mauvais alignement des vertèbres cervicales et une destruction de la ligne des hanches. Dans le passé, il y avait quelque chose d’important nommé Yogan 腰眼 (le regard des hanches), la cinquième vertèbre lombaire. Entant qu’axe (pivot), les hanches sont la partie la plus importante du shisei.

Avec le regard de la science moderne, l’observation nous prouve qu’à la vue des nombreuses personnes ressentant des douleurs dans la région située entre la 4ème et la 5ème vertèbre lombaire, l’importance de cette région du corps. A travers la partie  se rattachant au sacrum, le poids du buste se transmet dans la cinquième vertèbre lombaire via la quatrième, passe par l’articulation sacro-iliaque puis se propage dans la voute plantaire à partir de l’articulation de la hanche.

Et donc, si les vertèbres lombaires, qui se prolongent à partir du sacrum, ont une forme non naturelle, du fait que cette région soutient le poids du haut du corps, il y aura forcément des douleurs sur le long terme.

Les guerriers d’antan (bushi 武士) accordaient de l’importance au fait de forger les muscles entourant et soutenant le Yogan 腰眼, afin d’obtenir le shisei leur convenant. De manière à pouvoir se renforcer naturellement à travers les actes normaux du quotidien, ils pratiquaient cela comme un concept de vie. En accomplissant correctement les gestes du quotidien: se tenir debout, s’asseoir, marcher, porter un objet, saluer, ils se renforçaient sans cesse, avec coeur, de manière naturelle, sans jamais dévier de cette justesse.

2012.4.1百瀬宗美お茶会 078

Que ce soit en budo, dans la cérémonie du thé ou plus simplement dans les gestes du quotidien, le shisei est primordial

Written by Eric Grousilliat

Débute la pratique de l’aikido en 1988. En 1993, rencontre avec Tamura Nobuyoshi sensei dont il va suivre l’enseignement jusqu’au décès de ce dernier en 2010. Tamura sensei lui délivre le 4e dan en 2009. S’installe au Japon, à Tokyo en 2008, et poursuit la pratique de l’aikido au Tendokan...
Read more

6 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *