Junbi dosa (準備動作) est le terme japonais désignant les mouvements préparatoires, la gymnastique d’échauffement. Au sein du monde de l’aikido, en conformité avec la grande diversité des pratiques, on trouve également un grand nombre d’approches différentes face à cet aspect de la pratique.

Dans l’école Iwama Shinshin Aiki Shurenkai de Saito Hitohira par exemple, il n’y a absolument aucun exercice de ce type, on considère en effet que le pratiquant martial doit pouvoir agir face à une attaque qui le plus souvent arrive à  l’improviste, et que, par conséquent, nul occasion de s’échauffer. Si je ne peux qu’être d’accord avec cette logique, cela soulève cependant un problème d’importance…Les exercices que bon nombre d’aikidoka exécutent avant l’étude technique à proprement parlé, sont-ils uniquement des exercices de « warming up » ou dit autrement, le terme Junbi dosa est-il réellement approprié pour les désigner.

Dans la préface qu’il rédigea pour l’ouvrage « La préparation en aikido, Junbi dosa« , Tamura Nobuyoshi sensei précise qu’à ses débuts au Honbu dojo, le cours du matin débutait par Ame no torifune puis immédiatement après débutait la pratique des techniques. C’est plus tard, lorsque l’aikido commença à se développer auprès du grand public, un public n’ayant le plus souvent aucune expérience dans les arts martiaux, que sous l’impulsion de Tohei sensei, alors chef des shihan, débuta réellement la sélection et la mise au point de mouvements intimement liés aux techniques.

Ame no torifune

Par la suite, Tamura sensei rajoute qu’O sensei veillissant, intégra dans son quotidien diverses pratiques de santé comme l’école Makkoho (une gymnastique que j’avais déjà évoqué il y a fort longtemps) ou le système Nishishiki.

Nishi Katsuzo, élève du fondateur, fonda en 1927, un système de santé basé sur six mouvements et on retrouve encore de nos jours la trace de l’un de ces exercices lors de la préparation qu’effectue Doshu lors de son cours du matin à l’aikikai honbu dojo. Il s’agit d’un exercice nommé Kingyo undo, le mouvement du poisson rouge, où allongé sur le dos, on fait oscillé le corps.

Kingyo undo

Il est important à mon avis de bien différencier les diverses pratiques qu’on a l’habitude de mettre un peu trop rapidement dans le même panier, Junbi dosa.

Tout d’abord, il y a un certain nombre d’exercices tel Ame no torifune, Furitama, etc (j’aborde le sujet dans mon livre « Aikido, à la croisée des chemins« ) qui issu de la pratique Misogi-Chinkon kishin de O sensei, n’était pour ce dernier en aucune façon une préparation à l’aikido, c’était l’aikido, sans aucune distinction avec la pratique des techniques. Sans doute par manque de compréhension, ces exercices tendent de plus en plus à devenir une pratique marginale, tendant à disparaître.

Dans la seconde catégorie, j’aurai tendance à rassembler une grande diversité d’exercices issus ou liés aux techniques d’aikido. C’est sans doute à cela que Tamura sensei faisait référence lorsque je l’ai cité plus haut. On retrouve classiquement dans ce groupe des classiques comme Tekubi dosa (手首動作), les exercices de renforcement des poignets, les Taisabaki (体捌き), les divers ukemi (受け身), ou bien encore Shikko (膝行), la marche à genoux, Ikkyo dosa (一教動作), Shiho giri (四方切り).

La troisième catégorie serait selon moi du type Taiso (体操) c’est-à-dire gymnastique. Ici on est dans le très classique échauffement-préparation physique. Si bien évidement, du point de vue système martial et budo, le pratiquant doit être capable d’agir sans ce temps de préparation, dans le cadre d’un cours, le professeur doit prévenir les risques d’accidents et offrir une mise en condition à ses élèves dont la condition physique peut souvent extrêmement variée d’un individu à l’autre. On peut également considéré qu’il est de la responsabilité de tout à chacun de veiller à conserver un corps en bonne santé par une pratique régulière d’exercices physiques.

Au Japon, ce type de gymnastique articulaire est très répandu. Certains programmes télévisés et radiophoniques en proposent quotidiennement tôt le matin. Dans les grandes entreprises, les employés de tout niveau s’y emploient avant la prise de leurs fonctions. Dans les établissements scolaires, c’est également souvent le cas.

Il semble que ce qu’on appelle la préparation traditionnelle d’aikido soit une série d’exercices puisés dans ces trois catégories précitées. Même s’il faut bien considéré que « traditionnel » est un terme souvent galvaudé. L’aikido jusqu’à son ouverture progressive vers le grand public était auparavant un art réservé à une audience ayant déjà une expérience dans d’autres domaines martiaux, et ainsi l’apprentissage de bases comme les ukemi était totalement absent.

Respiration

J’ai eu la chance en suivant l’enseignement de Tamura sensei de pouvoir apprendre entre autres choses, un certain nombre de méthodes de bonne santé. Tamura sensei passé la soixantaine, avait l’habitude de dire que ce genre d’exercices lui convenait bien et que c’est dans cette optique qu’il nous les proposait. Il s’agissait par exemple d’une série d’auto-massage ainsi que certains exercices de respiration de type Qiqong.

Dans la première partie des années 2000, il nous proposa pour la première fois sa version du Baduanjin (les huit pièces de brocard). Rapidement les formes proposées évoluèrent à l’aide de légères modifications. Tout comme le reste de sa pratique, l’évolution et la recherche était constante. Conserver l’essentiel, se débarrasser de l’inutile.

Deuxième série des huit pièces de Brocard

J’avoue avoir eu un peu de mal avec cette série d’exercices réalisée en début de cours. Longue et lente, chacun des  huit mouvement étaient réalisés calmement huit fois, parfois à droite et à gauche, ce qui faisait au total un peu plus de 100 répétitions. Je n’avais alors qu’une hâte, projeter et être projeter…Les huit pièces de Brocard réalisées tranquillement en solo, à l’abri des regards, me convenaient mieux.

Dans une autre catégorie, Tamura sensei proposait également une série de stretching que j’appréciais davantage. C’est d’ailleurs là que je puise l’essentiel de ma préparation personnelle actuelle. Une quinzaine d’exercices basés sur le maintien de la posture, sans forcer, laissant le poids naturel du corps agir, afin de mener à une plus grande souplesse.

Au final, même si l’utilisation des termes Junbi dosa, préparations, échauffements, ne me convient pas, il me semble qu’il revient à chacun de nous de retenir pour soi-même, quel type d’exercices il convient de faire, et dans quel but. Tout en n’oubliant de faire évoluer cette pratique selon ses besoins, son âge, sa condition du moment, etc.

 

Written by Eric Grousilliat

Débute la pratique de l'aikido en 1988. En 1993, rencontre avec Tamura Nobuyoshi sensei dont il va suivre l'enseignement jusqu'au décès de ce dernier en 2010. Tamura sensei lui délivre le 4e dan en 2009. S'installe au Japon, à Tokyo en 2008, et poursuit la pratique de l'aikido au Tendokan...
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