L’école Kukishin ryu et la tradition de la famille Kuki sont assez peu connus des pratiquants. La relation spéciale les unissant unissant à Ueshiba Morihei, encore moins. On a l’habitude de résumer les influences que le fondateur de l’aikido subit, à, Daito ryu de Takeda Sokaku pour la technique, et Omotokyo de Deguchi Onisaburo pour l’esprit. Pourtant comme je l’évoque dans “Aikido, à la croisée des chemins”, le Kukishin ryu joue un rôle à part. Ici, technique martiale et spiritualité shinto fusionne, une fusion dans laquelle il est difficile de ne pas reconnaitre une grand similarité avec la pensée de Ueshiba Morihei.

Aikido, à la croisée des chemins
Le texte qui suit provient d’une vaste collection de documents mis en ligne il y a une quinzaine d’années (le site à depuis totalement disparu) et dont j’avais conservé précieusement la traduction intégrale réalisé par mes soins à partir de la version anglaise. C’est sur ces documents que je me suis basé pour rédiger la grande majorité du chapitre dédié au Kukishin ryu, son influence sur Ueshiba Morihei, son origine, sa philosophie, etc.
On y évoque une divinité centrale du shinto de la famille Kuki, le Nakatomi shinto (中臣神道), Kimon daikonjin. Un kami qui joue un rôle également très important dans la cosmogonie Omotokyo. Trop lourd pour être introduit dans “Aikido, à la croisée des chemins”, je tenais cependant à le mettre à la disposition des personnes intéressées.
Il existe une statue de Kimon daikonjin qui est attribuée à Kudara Kawanari. La statue, dont le visage reflète la dignité, a une épée dans la main droite et un miroir-trésor dans la main gauche, qui reflète les aspects clairs et sombres de l’esprit humain. Ce sont des symboles suggérant que la divinité punit ceux avec un esprit mauvais et récompense ceux avec un esprit pur.
Note: Kudara Kawamari fut un peintre de la période Heian. Né en 782 et d’origine coréenne, il fut le premier à laisser son nom en tant qu’artiste peintre, par opposition aux artistes anonymes. Il était doué dans les arts martiaux, en particulier le tir à l’arc. Il mourrut en 853.
La statue fut placée à l’arrière du navire de guerre, le Nipponmaru, qui joua un rôle majeur au sein de la marine militaire Kumano suigun commandé par Kuki Yoshitaka (1542-1600) à l’occasion des guerres contre la Corée. De nos jours, la statue est conservé par le sanctuaire Takamikura à Kakogawa, dans la préfecture Hyogo, au Japon.
La famille Kuki descend du kami Ame no koyane no mikoto, et également de la famille Onakatomi qui fut désignée commissaire des cérémonies shinto. Les Kuki préserve le Nakatomi shinto, dans lequel Kimon Daikonjin joue un des rôles les plus importants.
Selon les enseignements de ce shinto, Ki de Kimon est un kanji pouvant être prononcé Kami, et le sentier à travers lequel le kami va et vient se nomme Kamido ou Kimon. Ce sentier se ramifie en huit parties évoquant l’existence de huit divinités (Kamido yahashira no oo kami); c’est ce que Konjin représente.
Les huit kami de Kamido yahashira no oo kami sont:
  • Haniyasuhime no kami 埴安姫神
  • Nesaku no kami 根裂神
  • Amaterasu oomi kami 天照大神
  • Toyoke no kami 豊受姫神
  • Susanoo no oomi kami 素盞鳴大神
  • Iwasaku no kami 岩裂神
  • Tsukiyomi no kami 月夜見神
  • Ookuninushi no kami 大国主神

Schéma illustrant les huit divinités émergeant du centre-racine
En pratique les exercices de purification appelés Chinkon kishin ho, on fait une prière adressée spécifiquement à ces kami. A la suite de ça, on passe à une étape qui comprend dix niveaux d’exercices et au cours desquels on adresse une prière aux kami ésotériques dont les noms sont strictement confidentiels.
Les kami vont à travers huit passages (kamido) puis atteignent le centre (kamuto). Là, ces kami se ramifient en huit divinités et deviennent des myriades de kami.
Kamuto, le centre, est représenté par Ame no minakanushi no oo kami. Kamido qui sert de racines aux myriades de divinités, les huit divinités représentant les huit sentiers sont collectivement appelées Ne no kami (kami-racine).
Le nom de la divinité Konshin peut être écrit 根神(kami-racine) et cela représente son caractère fondamental. Sous l’influence de traditions extérieures, comme l’Onmyodo (la voie du yin et du yang), Le nom Konshin en vient à être écrit 金神 (kami-métal), faisant de ce kami la divinité de la direction nord-est (d’autres divinités, ayant en charge d’autres directions comme Hitsujisaru no konjin, le sud-est ou Ushitora no konjin, le nord-est, existent également bien entendu). Mais n’oublions pas que le sens original de Kimon était les huit sentiers dans leur totalité.
Selon le concept qui considère que tout dans l’univers est constitué de cinq éléments (bois, feu, terre, métal, eau), on dit que le nom Konjin (kami-métal) provient du fait que le nord-est est attribué au métal.
Rajoutons que ces huit kami deviennent neuf (ku en japonais) si on prend en considération le kami du centre (kamuto). Le nom de la famille Kuki (neuf esprit féroce, mais à l’origine neuf divinités) provient de là.

Pages du Kukishinden Zensho contenant une photographie de Ueshiba Morihei et Kuki Takaharu
La foi en Kimon Daikonjin a une longue histoire. Sa forme a changé au cours du temps, le sens et la signification des divinités ont été modifiés. On vouait un culte à Konjin du III au VIe siècle en Chine. Il fut vénéré comme l’esprit de la planète Vénus (l’étoile du berger) et introduit au Japon au cours de la période Heian. Il fut reconnu comme une divinité du mal qui préside aux guerres, aux épidémies et aux troubles sociaux sous l’action des pratiquants de l’Onmyodo. Onmyodo établit la divination, l’exorcisme, les miracles magiques et influença le shinto, le bouddhisme et le shugendo à l’époque.

Kimon reiseki
Il existe une superstition selon laquelle ceux qui suivent la même direction que Konjin subissent une punition impliquant sept autres personnes. Cela ne faisait pas partie de la tradition shinto cependant. Selon le shinto que la famille Kuki préserve, une pierre nommée Kimon reiseki (鬼門霊石, pierre de l’âme de la porte des esprits féroces) ou Kuki mitama ishi (九鬼霊石, pierre de l’âme des neuf esprits féroces). On raconte que ce trésor serait un morceau de météorite tombé de Vénus, sur le chemin de la Terre, elle se brisa en trois morceaux: l’un tomba sur Kumano, un autre sur le mont Takamikura, dans la préfecture Hyogo et le dernier sur le mont Kurama au nord de Kyoto. On peut penser que ce lien entre Konjin et Vénus est dû à l’influence de l’Onmyodo, religion basé sur la pensée chinoise, pays où la foi en Vénus fait partie de la tradition.
La pierre Kimon reiseki fut conservée au sanctuaire Kuki mitama à Ayabe, puis au sanctuaire Takamikura et est maintenant conservé par la famille Kuki.
Kuki Takaharu
Si l’ouvrage « Aikido, à la croisée des chemins » vous tente, la manière la plus rapide et sur de l’obtenir, se trouve ici

Written by Eric Grousilliat

Débute la pratique de l'aikido en 1988. En 1993, rencontre avec Tamura Nobuyoshi sensei dont il va suivre l'enseignement jusqu'au décès de ce dernier en 2010. Tamura sensei lui délivre le 4e dan en 2009. S'installe au Japon, à Tokyo en 2008, et poursuit la pratique de l'aikido au Tendokan...
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