Quiconque s’est intéressé quelque peu à l’histoire de l’aikido en France, a sans aucun doute possible entendu ou lu le nom d’Abe Tadashi. Si vous avez assez d’ancienneté  en aikido, il se peut même que vous ayez rencontré certains des plus anciens aikidoka qui on fait leur début sous sa direction. On peut à juste titre le considérer comme le pionnier de l’aikido en France et en Europe.

Arrivé en France, l’année suivante la première visite de Mochizuki Minoru, en 1952, Abe fut le premier professeur japonais d’aikido a s’établir durablement en France, où il demeura sept ans.

Abe Tadashi, 1952, Biarritz

Connu pour être un ancien sous-marinier kamikaze ayant échappé de peu à la mort grâce à la reddition du Japon, un bagarreur invétéré n’hésitant pas à aller tester ses capacités (il lui arrivait de dire avec son accent japonais en montrant ses cicatrices: « pas joli, joli, mais gagné quand même« ), il était également diplômé de droit de la prestigieuse université de Waseda, et avait également étudié cette matière à la Sorbone.

1953, gare de Bruxelles

On retrouve très souvent dans les biographies qui lui sont consacrées qu’à son retour au Japon déçu par la pratique qu’il retrouvait, il claqua la porte de l’Aikikai et le monde de l’aikido. Rien n’est vraiment moins sur.

Tout d’abord, il ne quitta pas vraiment la France de son plein gré, mais suite à une mesure d’expulsion, résultant possiblement de son côté bagarreur. Afin de financer son retour au Japon, le 10 décembre 1959, il signe un contrat avec André Nocquet, octroyant à ce dernier son titre de délégué de l’Aikikai pour l’Europe et l’Afrique, contre une somme assez conséquente (1 millions d’anciens francs). Il décerne également à André Noquet le grade de quatrième dan.

Je vous invite à lire ou relire l’excellente biographie consacrée à André Nocquet par Guillaume Erard.

Biographie d’André Nocquet, le premier uchi deshi étranger d’O Sensei Ueshiba Morihei

La démarche est loin de plaire aux dirigeants japonais de l’Aikikai, et même si je ne connais pas le détail des diverses étapes de répression qui s’ensuivirent, il semble que cela conduisit le 23 août 1973 à la radiation d’André Nocquet de l’Aikikai, ainsi qu’à l’annulation des grades reçus des mains d’Abe.

Je ne sais pas véritablement si Abe Tadashi quitta complètement l’Aikikai au cours des années 60, et encore plus s’il quitta l’institution de la manière théâtrale qui est habituellement présentée. Il fut sans doute très critique vis-à-vis de l’évolution de l’Aikido, mais il semble qu’il fut promu par la suite 7ème dan et devint directeur du service étranger de l’Aikikai. Il participa également au tout premier congrès de la FIA qui se déroula à Tokyo en 1976.

1976, Tokyo, premier congrès de la FIA

De même, lorsqu’en 1974, Tohei Koichi quitta l’Aikikai avec fracas, Abe fut très critique à son égard, allant même jusqu’à écrire une lettre en écho à celle de Tohei. C’est pourquoi on peut douter des versions affirmant qu’Abe se sépara de l’Aikikai soit au début des années 60 soit à la mort du fondateur en 1969.

Il semble cependant qu’après son retour de France, il n’enseigna plus véritablement l’aikido, il se consacra à son business d’import-export, voyageant et travaillant à l’étranger, notamment Hong-Kong, les USA et également Madagascar. C’est d’ailleurs sur l’île de l’océan Indien qu’il confia ne plus enseigner, excepté à son fils.

Côté document vidéo, il se faisait rare ceux pouvant illustrer la pratique d’Abe Tadashi.

Tout d’abord, Abe apparait comme uke dans ce clip promotionnel de 1952, au côté Ueshiba Morihei, Ueshiba Kisshomaru, Tohei Koichi, Saito Morihiro, etc, mais en dehors du passage en revue des divers intervenants qui marque l’ouverture du film, et où le visage souriant d’Abe explique le surnom de  » Happy aikidoka » qui lui fut attribué lors de son passage en Angleterre, il est impossible de se rendre compte de sa pratique.

Happy aikidoka

 

Le second film où Abe apparait, n’est guère plus révélateur. Ce clip en mode self-defense, lui donne en effet le rôle de l’agresseur, succombant aux techniques d’Ueshiba Kisshomaru et de Tohei Koichi.

Jusqu’alors le seul film permettant véritablement de se rendre compte de la pratique d’Abe était le suivant. Bien que de qualité médiocre, on peut y observer Abe Tadashi exécutant Tai no henka et divers mouvements contre ses deux partenaires. Mais la séquence est fort courte malheureusement.

Mais ça, c’était avant…la semaine dernière, miracle des Internets, un petit trésor me tombe entre les mains. Une démonstration filmée d’Abe Tadashi et ses élèves, filmée à l’occasion du championnat de France de Judo de 1959.

La qualité est excellent, et on peut se rendre compte de ce qu’était l’aikido d’alors en France. Mais trève de paroles, je vous laisse vous rendre compte par vous-même.

 

Written by Eric Grousilliat

Débute la pratique de l'aikido en 1988. En 1993, rencontre avec Tamura Nobuyoshi sensei dont il va suivre l'enseignement jusqu'au décès de ce dernier en 2010. Tamura sensei lui délivre le 4e dan en 2009. S'installe au Japon, à Tokyo en 2008, et poursuit la pratique de l'aikido au Tendokan...
Read more

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *