Dans un entretien qui devrait paraître bientôt sur ce site, Tamura sensei évoque les préparations qu’il introduit dans sa pratique de l’aikido tel les « huit pièces de brocart ». Il précise également que sur la période où il fut son élève direct, Ueshiba sensei encourageait ses élèves à essayer de telles méthodes.


« O sensei essayait lui-même certaines choses et s’il trouvait cela intéressant, il demandait à ses élèves de le faire. Il disait, « C’est bon » ou « Ce n’est pas bien » (Rires). Il nous faisait faire cela, mais nous disait, « Arrêtez si vous sentez que quelque chose ne va pas ».

Dans mon souvenir, Tamura sensei, lors des nombreux cours qu’il donnait tant en France qu’à l’étranger, alternait dans la dernière période de sa vie, deux formes de préparation, essentiellement: une forme inspirée de la méthode chinoise des « Huit pièces de brocart », une succession de stretching et une série d’auto-massage et de digitopuncture.
Auparavant, outre les exercices issues de la tradition shinto, tel Amenotorifune, Furitama, etc, Tamura sensei appréciait une série d’exercices connue sous le nom de Jikyo jutsu (自彊術).

Concernant le Jikyo jutsu, Tamura sensei disait:« Ainsi, après avoir fait les exercices du Jikyo jutsu, je suis instantanément capable de me tenir dans une posture naturelle et détendue, c’est très efficace lorsque vous ne vous sentez pas bien. C’est difficile lorsque vous pratiquez avec un partenaire, mais lorsque vous les pratiquez seul, vous devenez capable de voir à l’intérieur de vous même ».

Même si je me rappelle avoir vu sensei exécuter le Jikyo jutsu, je n’ai hélas plus de véritables images de cette pratique à l’esprit, en dehors de celle du regretté Jean-Yves Levour’ch qui appréciant sans doute la variété et la tonicité des exercices, s’y adonnait régulièrement, notamment lors des stages enseignants.

Jean-Yves levour’ch

Le Jikyo jutsu que l’on pourrait traduire par la « technique du développement de sa propre force », vit le jour en 1916, sous les efforts de Nakai Fusagoro (中井房五郎 / 1878-1931 ), en tant que première gymnastique japonaise pour la promotion de la santé. De nos jours encore, on estime à 500 000, le nombre de personnes qui l’a pratiquent.

Nakai Fusagoro

C’est au célèbre artiste, photographe et homme d’affaire Jumonji Daigen (1868-1924) que l’on doit la propagation de la méthode. Cependant à la mort de dernier, sans de véritable meneur à la tête du mouvement, ajouté à cela le développement de la médecine après guerre, l’intérêt pour les méthodes de santé à l’ancienne diminua fortement.

Il fallut attendre 1965, avec le célèbre conférencier en pathologie, le Dr Kondo Yoshiro de l’université de Tokyo, pour que le Jikyojutsu regagne en popularité. Le professeur Kondo établit que son utilisation était propice à la prévention et à la guérison de certaines maladies.

Le Jikyo jutsu est composé de 31 mouvements et la principale position pour les accomplir est seiza. Historiquement basé sur la gymnastique chinoise du qiqong, le Jikyo jutsu se caractérise par des exercices respiratoires tel les mouvements 1, 2 et 4, mais également par des pressions sur des points d’acupuncture (mouvements 9, 10, 11 et 12).

J’ai eu la chance de découvrir un ouvrage sur le sujet réalisé par son créateur, Nakai Fusagoro. Et même si le texte est quelque peu ancien, je vais tenter ici de vous offrir une traduction du descriptif qui accompagne les dessins originaux illustrant la méthode.

Jikyo jutsu 自彊術

(Attention: les illustrations suivent l’ordre de l’édition japonaise et se lisent donc de droite à gauche; la numérotation étant 1 一 , 2 二 , 3 三 , 4 四 )

Premier mouvement

En premier lieu, s’asseoir correctement (Seiza) en arrangeant les gros orteils des deux jambes, c’est la posture préparatoire (junbi shisei) illustré en (1).
Joindre fermement les doigts des deux mains et tenir solidement le bas du ventre dans ses bras en serrant les coudes.
Tirer vers le haut le ventre en inspirant, comme illustré en (2) et dans le même temps, hausser simultanément mains et épaules.
On abaisse alors aussitôt épaules et mains pour revenir dans la position initiale. On répète le mouvement.

Précisions

Le nombre de répétitions est de 20 fois environ. Les mains accompagnent toujours les épaules dans le mouvement de haut et bas, et le ventre est tiré vers le haut par la montée des épaules. Il ne faut pas superposer les orteils des deux jambes.
Les gens qui ont un « détraquement » dans le corps n’arrive pas à tirer le ventre vers le haut, mais lèvent seulement les épaules ou bien lèvent insuffisamment les deux épaules, etc. Mais en poursuivant la pratique de l’exercice, on arrive finalement à exécuter le mouvement de haut et bas en harmonisant les trois rythmes, épaules, ventre et mains.

Deuxième mouvement

Comme illustré en (1), tout d’abord, on introduit les quatre doigts de chaque main sous les côtes (directement à l’endroit situé à la verticale
des seins) et on saisit.
Comme dans le dessin (2), on fait correctement le mouvement de haut et bas des deux épaules en accompagnant avec la respiration.

Précisions

Le nombre de répétitions est de 20 fois environ. Il est important de lever suffisamment les épaules. Les mains doivent être levées de manière à être complètement accompagnées par les épaules.
Il est possible que certaines personnes au début ne soient pas capables d’introduire suffisamment les quatre doigts, mais en accumulant de la pratique, ils peuvent y remédier.

Troisième mouvement

Comme dans le dessin (1), joindre solidement les doigts des deux mains derrière la nuque et pointer les coudes en avant. Comme en (2), ouvrir avec une forte impulsion les deux coudes jusqu’à ce qu’il dessine une ligne horizontale.

Précisions 

Le nombre de répétition est de 20 fois environ. Maintenir la tête droite, adopter une attitude correcte et de plus, faire en sorte que les poignets soient placés sous les oreilles.

Quatrième mouvement

Réunir en arrière les deux mains comme illustré en (1) et suspendre les bras sans mettre de force de manière à ce que les coudes ne soient pas
pliés. Lever les deux épaules tout en inspirant (2).

Précisions

Le nombre de répétition est de 20 fois environ. Monter et descendre accompagné de la respiration comme dans le premier et le deuxième mouvement. Conserver une attitude correcte de manière à ne pas se pencher en avant ou en arrière.

Cinquième mouvement

Comme en (1), on plie horizontalement le bras droit (gauche) et on élève la paume au niveau de l’épaule gauche (droite) en étirant les doigts. Joindre la paume de la main gauche (droite) avec le coude droit (gauche).

Comme en (2), tirez fortement en arrière avec la paume en contact du coude droit, puis ensuite ramener immédiatement le bras en avant. En même temps, comme illustré en (3), retenir l’avant-bras droit avec la main gauche.
Tirer fortement en arrière le coude du bras droit (gauche) en poussant avec cette main.

Précisions

Le nombre de répétition est de 10 fois environ de chaque côté.
Après avoir terminé dix répétitions sur l’un des bras, on démarre sur l’autre. En ce qui concerne l’ordre, il est possible de débuter sans distinction, par la droite ou la gauche. On conserve toujours le coude horizontal, on bouge la main de manière à ce qu’elle touche le cou.

Sixième mouvement

Comme en (1), pencher la tête de façon à ce que l’oreille touche l’épaule. Balancer brusquement la tête avec l’impulsion jusqu’à toucher l’autre épaule avec l’oreille opposée, comme en (2).

Précisions

On répète 10 fois à gauche et à droite.
Il est possible de poser les deux mains sur les genoux, en bref, il ne faut pas briser la posture. Sans mettre de force dans le cou et en fixant l’intention sur le haut de l’épaule opposée, on donne une impulsion avec la sensation de lancer brutalement la tête.
Pour la santé, c’est une bonne chose de pouvoir toucher facilement l’épaule avec l’oreille, mais au début on peut se contenter de faire l’exercice d’un seul côté si on éprouve des difficultés à faire les deux.
Mais au final, par la pratique, on y parvient. En penchant la tête sur l’un des côtés, on veille à ce que l’oreille entre en contact avec le centre de l’épaule afin de ne pas vriller le cou.

Septième mouvement

Balancer vers le bas la tête avec l’élan jusqu’à ce que le bas du menton touche le haut de la poitrine comme illustré en (1)
Aussitôt après renverser brusquement la tête en arrière toujours avec l’impulsion, comme en (2).

Précisions

On répète 12 fois en avant et en arrière.
En balançant la tête, adopter une attitude correcte sans courber le dos et de plus, se servir de l’élan avec la sensation de jeter brutalement la tête sans mettre de force.

Huitième mouvement

Comme dans les deux illustrations, orienter la tête à droite et à gauche jusqu’à ce que cou et épaule soient dans le même plan.

Précision

On répète 12 fois à gauche et à droite. Lorsqu’on balance la tête, on débute avec la tête orientée dans le plan du corps de manière à ne pas pencher en diagonale.
Si on est prit de vertige en faisant cet exercice ainsi que le sixième, on poursuit immédiatement avec les neuvième, dixième et onzième mouvements.

Neuvième mouvement

En penchant la tête sur la droite comme dans le dessin (1), on frappe six fois les muscles du cou sous l’oreille avec la main droite. Ensuite, comme en (2), on frappe six fois sur la droite avec la main gauche.
Puis en basculant la tête en arrière, on frappe plusieurs fois légèrement sous le menton.

Précisions

En ce qui concerne l’intensité des frappes, on doit ressentir des tremblements dans le cerveau.

Dixième mouvement

Comme dans les deux dessins, faire pendre la tête en avant, frapper avec force l’arrière du cou successivement des deux mains.

Précisions

On répète les frappes trois fois de chaque main. On frappe suffisamment pour ressentir un tremblement dans le visage.

Onzième mouvement

Comme dans les deux illustrations, la tête basculée en arrière, on se frappe le front du poing fermé.

Précisions

On répète les frappes trois fois de chaque main. Il faut basculer la tête le plus possible en arrière et en ce qui concerne l’intensité des frappes, elle doit être telle que l’on ressente des tremblements dans le cerveau.

Douzième mouvement

Introduire l’index dans l’espace situé entre l’os et le haut du globe oculaire (pour les deux yeux en même temps) et presser, comme illustré en (1). Ensuite, faire de même pour les points situés sous les globes oculaires, comme en (2), puis on utilise les majeurs pour les coins externes des globes oculaires (illustration 3) et les coins internes (illustration 4)
Après avoir pressé dans les quatre directions autour de chaque œil, fermer les yeux en maintenant le regard droit devant. Presser en même temps le centre des deux paupières avec les indexs.

Précisions

On répète deux fois chaque pression. L’intensité doit être telle que l’on ressent une douleur légère.

Treizième mouvement

S’asseoir comme illustré en (1) en allongeant les deux jambes en avant. Étendre tel quel les deux bras en avant.
Tirer le corps en arrière et en se servant de l’élan, tendre les deux mains et le buste vers l’avant comme en (2). Revenir aussitôt à la position d’origine.

Précisions

On répète le mouvement environ 20 fois. Lorsque l’on tend le corps et les bras en avant, il faut agir de manière à emmener également la tête comme dans (2), et non pas seulement plier les reins. De plus, il faut faire pointer les orteils vers le haut, et tendre complètement les genoux afin qu’ils ne soient pas pliés, mais au contraire que l’arrière touche le sol.
En ce qui concerne la bonne santé, l’une des références sera de pouvoir atteindre des deux mains la pointe des orteils.

Quatorzième mouvement

Comme en (1), se tenir sur les deux bras verticaux, écartés de la largeur des épaules, ainsi que sur les orteils des deux jambes. Soutenir tel quel le corps entier maintenu droit.
Comme en (2), lever et abaisser le corps en pliant et en étendant les deux coudes.

Précisions

On répète l’exercice environ 10 fois. Les mains doivent être posées orientées vers l’avant. On agit de manière à ne pas poser le ventre au sol et à ne pas plier les genoux.

Quinzième mouvement

Comme dans le dessin (1), étendre les deux jambes, ouvrir les deux mains de la largeur des épaules, poignets et épaules doivent être verticaux.
Comme en (2), basculer la tête en arrière et se courber jusqu’à ce que le bas du ventre touche le sol.

Précisions

Répéter 6 fois l’exercice.
Les mains doivent être posées orientées vers l’avant et on ne doit pas plier les genoux.

Rendez-vous pour la seconde et dernière partie

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4 commentaires sur “Jikyo jutsu 自彊術 Méthode de renforcement – partie 1

  • Colin

    Bonjour,
    Pratiquant d’aïkido je trouve vos articles très intéressants
    Merci

    • Eric Grousilliat

      Merci Colin pour votre message encourageant.
      Je vais tâcher de poursuivre avec la même qualité.

  • Juan

    Muy interesante página!!

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