J’ai publié cet article initialement en 2013 en me basant sur des photos et des documents de faible qualité. Depuis lors, Guillaume Erard a effectué comme à son habitude un important travail de recherche et de vérification sur le même sujet. Je lui dois notamment les versions de haute résolution des cliches qui illustrent mon écrit.

Considérez donc s’il vous plait cet article comme un avant-gout pour découvrir celui de Guillaume, « UN REGARD SUR L’AIKI-BUDO TENSHIN-RYU », bien plus complet et riche que ce que je propose ici.

Le magazine Shin Budo, une publication consacrée comme son nom l’indique au « nouveau Budo », connu une brève existence durant les années de la guerre du Pacifique.

C’est ainsi que durant l’année 1942, par exemple, certaines sommités du monde du Budo intervinrent dans ces pages. Ainsi Hisa Takuma sensei, dont l’héritage continue de se transmettre encore de nos jours à travers le groupe Takumakai, écrivit en novembre un article présentant le Daito ryu Aiki Budo, ainsi que ses deux illustres professeurs, Takeda sensei et Ueshiba sensei.

C’est en ces termes qu’il présenta celui qui la même année allait donner finalement à sa pratique, de manière officiel, le nom d’aikido, avec l’aide de Hirai Minoru.

Le texte est bien entendu si on considère le milieu social et l’époque, fortement teinté de nationalisme et de culte de l’Empereur, mais c’est fort habilement que Hisa sensei fait la promotion de son ancien professeur.

Mon professeur, Ueshiba Moritaka sensei
(NdT: Ueshiba Morihei porta dans sa vie plusieurs prénoms, Morihei, Tsunemori, Seigan, Moritaka)

Ueshiba Moritaka est né à Tanabe, dans la préfecture Wakayama. Jeune, il était fort physiquement et appréciait entrainer dans les arts militaires. En grandissant, il visita plusieurs régions et étudia auprès de professeurs de diverses écoles, pratiquant le kenjutsu, le jujutsu, le bojutsu, puis maitrisant la technique secrète du Aioi ryu jujutsu transmis dans sa famille de générations en générations.
Ensuite, il apprit le Daito ryu de Takeda Sokaku, devenant son élève durant plusieurs années et recevant un Menkyo Kaiden (NdT: On sait désormais que c’est le certificat d’enseignant Kyoju Dairi que reçut en réalité Ueshiba de la part de Takeda) et le titre de maître remplaçant.
Il étudia dur pour absorber l’essence de diverses écoles martiales et maitrisa le Taijutsu vif comme la lumière face aux armes, armes militaires, armes à feu modernes pour créer sa propre et unique école.
Il est la principale figure dans le monde moderne des arts martiaux japonais traditionnels. Il fut invité à Tokyo pour enseigner à une grande variété de personnages importants, officiers de la marine et de l’armée, notables, officiers de police, etc.

Entrée de l’ancien Aikikai qui fut un temps le Kobukan

Il a récemment fait construire à grand lieu de pratique, le Kobukan dojo, à Wakamatsu, Ushigome (NdT: actuel emplacement du Honbu dojo de l’aikikai) où il enseigne à ces distingués citoyens les véritables techniques martiales.
Il a combiné les techniques martiales conventionnelles avec l’ancienne religion mystique du Japon, le shinto, pour établir sa propre école d’arts martiaux des kami pour le bénéfice et la gloire de l’Empereur.
Dans cette école, il prend très au sérieux le besoin pour son art martial d’être développé pour protéger la terre bénie de l’Empereur, défaire ses ennemis et démontrer sa puissance.

Jeunes élèves du Kobukan dans les années 30

C’est sans doute à la suite de cet article promotionnel, que le magazine Shin Budo réalisa un article sur Ueshiba sensei avec les photographies de nombreux mouvements, avec et sans armes, et avec la particularité que les intervenants, aussi bien Ueshiba sensei que son partenaire, sont habillés à l’occidental.

Pour l’anecdote, c’est en lisant cet article, qu’un petit garçon âgé de onze ans à l’époque, en vint à être fasciné par le personnage de Ueshiba Morihei, au point de devenir plus tard un de ses élèves-phares. Il s’agissait de Arikawa Sadateru sensei. J’ai retrouvé récemment un ensemble plus complet des clichés issus de ce magazine, ainsi que le descriptif les accompagnant. Ainsi à la fois pour le plaisir de l’image rare, et également pour l’occasion d’en apprendre davantage sur la pratique de O sensei dans
cette période transitoire, je vous propose une traduction de ce que j’ai pu obtenir.

Arikawa Sadateru

Face à un adversaire qui tient un sabre

Lorsque l’adversaire frappe, dans le même temps, on saisit la poignée du sabre de la main droite et on frappe un kyusho (point sensible) de son visage.

(Autre possibilité) Dans l’instant de sa frappe, bondir sur sa gauche et immobiliser le cou.

On peut ainsi en toute sécurité maîtriser l’adversaire.

Face à une baïonnette

Lorsque l’on fait face à une baïonnette en tenant un sabre.

On monte le sabre en garde haute (jodan) au-dessus de la tête et à l’instant où l’adversaire arrive, on coupe en pivotant le corps.

Il est regrettable que les photographies ne puissent capturer cet admirable mouvement du corps.

L’art de la baïonnette (Juken jutsu)

Dans ce qu’on peut nommer le Ueshiba ryu, on trouve une forme de Juken jutsu originale.

En démontrant un talent pour le Sojutsu (art de la lance), (Ueshiba sensei) parvient de manière très rapide à diriger la pointe de son arme vers la gorge du partenaire.

Taijutsu

Les deux adversaires se font face.

On bondit sur la gauche, on frappe la main droite de l’adversaire avec notre main droite et son cou avec notre main gauche.

Dans le cas suivant, on tourne sur la gauche, et on immobilise en s’emparant de l’articulation de la main droite de l’adversaire.

La main droite au visage (de l’adversaire), on attrape la paume droite de l’adversaire avec notre main gauche. En engageant la jambe droite, on renverse instantanément l’adversaire.

Technique différente

Dans des circonstances identiques (à ce qui précèdent), on pivote sur la droite et on saisit sa main gauche. L’adversaire subit une douleur difficile à supporter.

Dans ce qui suit, la façon de saisir, la manière de contrôler lors de cette technique, est quelque chose de difficile à dire.

Cet article et surtout les nombreuses photographies l’accompagnant offrent plusieurs points d’intérêts.
Le fait que les intervenants soient vêtus à la mode occidentale, permet par exemple de contempler de manière plus précise la position des pieds, ainsi que l’attitude adoptée par Ueshiba sensei lors de ses divers kamae.

Un autre point intéressant est le caractère résolument « moderne » de l’art dès cette période pré-aikido. Je trouve en effet que les techniques démontrées sont véritablement très proches des formes que j’ai eu la chance d’apprendre au travers de différents professeurs. J’avais déjà eu cette impression en visionnant pour la première fois le film de 1935, Budo.

Non pas que j’ai la prétention de pratiquer à l’identique du fondateur, mais il est rassurant d’entrevoir une filiation dans la transmission d’une discipline. Et de façon amusante, on constate bien entendu la présence d’éléments « cachés », « secrets » ne devant pas être dévoilés à un public trop large comme le laisse penser cette phrase: « la façon de saisir, la manière de contrôler lors de cette technique, est quelque chose de difficile à dire » .

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