L’importance et la place de la pratique en solo au sein des Budo-Bujutsu est le thème qu’aborde Guillaume Erard dans son article: L’origine et les enjeux de la pratique solitaire en Aikido. Il y évoque notamment le maître de Daito ryu, feu Sagawa Yukiyoshi, réputé avoir accordé une importance primordiale à la construction du corps via les exercices en solitaire du type Tanren.

Sagawa Yukiyoshi

La pratique de Sagawa sensei reste bien mystérieuse, et l’hermétisme des groupes de pratiquants qui se revendiquent de son héritage n’arrange rien à l’affaire, c’est cependant un sujet que j’aime aborder à travers des articles.

J’ai personnellement fait la connaissance de quatre personnes ayant pratiqué au Sagawa dojo à diverses époques, l’une d’elles étant l’un de mes senpai du Shinkage ryu, capable de me renverser avec légèreté et aisance dès que je saisissais ses poignets sur un travail de type Kokyu ho (Agete). Je pense donc pouvoir affirmer que ce courant du Daito ryu possède ou a possédé un certain nombre d’éléments solides.

Le magazine Hiden du mois de juillet 2014 présenta une série d’articles sur l’un des élèves de Sagawa sensei, Ohara Yoshio. L’un des sujets traités étant celui des Aikitaiso, j’espère pouvoir apporter ma pièce à l’édifice par le biais de la traduction qui va suivre.

Ohara Yoshio est né en 1948 à Yokohama. C’est en 1969 qu’il intègre le Sagawa dojo. L’année suivante, il rentre à l’université Tokyo Gakugei, une célèbre faculté de pédagogie situé en banlieue de Tok yo. Après avoir reçu le grade de Shoden Shodan, il établit pour la première fois une section Aikibudo dans l’université, en tant que section (Shibu) du Sagawa dojo. En 1979, il devient Okuden Yondan avec le titre de Daishihan.

1979, membres de la section Aikibudo de l’université Gakugei au côté de Sagawa Yukiyoshi

Voici donc une présentation de quelques exercices de formation du corps qui bien que d’apparences fort simples, semblaient être considérés comme nécessaire à la pratique du Daito ryu par Sagawa sensei et certains de ses disciples. Comme souvent dans Hiden, l’article ne rentre pas dans le détail, et à l’exception de quelques explications, le descriptifs des exercices reste assez léger.

Je crois, à titre personnel, que la pratique face à soi-même est un élément fondamental du Bujutsu, et bon nombre de systèmes martiaux tirent leur origine de la retraite en montagne de leurs fondateurs, qui a la suite d’une longue période de pratique ascétique, prenaient conscience d’un élément essentiel, posant ainsi les bases d’un nouveau courant. Mais je crois également que c’est à chacun de constituer son ensemble d’exercices personnels, à partir de son système martial, de ses connaissances, de ses affinités, etc.

Sagawa den Daito ryu Aikitaiso (gymnastique aiki du Daito ryu transmit par Sagawa)

Les exercices Aikitaiso qui vont être présentés ci-après existaient aux premiers jours d’existence du Sagawa dojo. Ils sont basés sur les Aiki kihon tairen (pétrissage du corps de base pour l’aiki) qui font partis du Daito ryu Aiki Goshinjutsu (art d’auto-défense aiki du Daito ryu), un programme inventé pour aider à la diffusion de l’école.

Les Aikitaiso ont été conçus à partir des mouvements gymniques basiques simples, de Aiki Age et des atemi fondamentaux. Après 1975, ils ont pratiquement disparu du dojo mais après avoir été adopté par certains, dont Ohara sensei, ils ont de nouveau retenu l’attention des nouveaux élèves. Finalement, ils servent à la construction du corps avec les mouvements de renforcement (Hokyo undo).

Croquis des Aikitaiso et des Hokyo undo servant dans la section de l’université Gakugei et dessiné par Ohara sensei en personne. A l’origine, 22 exercices de ce genre sont présentés dans l’ouvrage « Daito ryu Aiki Goshinjutsu Kyohon », mais en réalité il existe également de nombreuses variations. Seuls certains extraits seront présentés ici.
L’exercice dit de « la brouette » reste l’un des exercices de renforcement les plus populaires.

J’ai choisi de présenter ici bas divers mouvements qui servent en Aikibujutsu en s’efforçant d’augmenter la force physique des jeunes élèves.

Aikitaiso 1:

Mains sur les hanches, on bascule la tête en arrière puis en avant.

Aikitaiso 2:

Même position que précédemment, on tourne la tête à droite puis à gauche.

Aikitaiso 3:

Frapper l’épaule gauche avec la paume et les cinq doigts de la main droite. Puis même chose avec la main gauche sur l’épaule droite.

Aikitaiso 4:

Rassembler les deux bras sur la poitrine (bras droit en haut). Serrer fortement les poings puis ouvrir les bras sur les côtés. On ramène les bras sur la poitrine (cette fois le bras droit se trouve en bas) puis de nouveau on ouvre les bras sur les côtés.
* Il existe une variation du mouvement précédent, dans laquelle on ouvre les bras à partir d’une position où les deux poings sont rassemblés devant la poitrine.

Aikitaiso 7 et 8 (Agete):

On ouvre les deux mains à hauteur des hanches. On inspire par le nez en concentrant le souffle dans la poitrine, et on avance le pied droit tout en dessinant un demi-cercle vers l’avant avec les deux mains. On bloque ensuite la respiration en envoyant le ki dans le ventre. On expire en ramenant les deux mains en position initiale. Ceci conclue le mouvement (7), le (8) consiste à effectuer la même chose du pied gauche en avant.

Il est démontré dans les illustrations deux manières de faire, soit avec un pas en diagonal (photos 1~3), soit avec un pas droit devant (photos 4~9).

Aikitaiso 9 (Agete):

On avance le pied droit sur la droite et en même temps on lève la main droite ouverte. La main gauche est posée sur la cuisse gauche. On ramène le pied droit, puis on recommence du côté gauche. Il s’agit d’une forme d’Agete à une main. C’est une varaition en diagonal avant qui est illustré ci-dessus. La rotation du poignet dessine bien le demi-cercle caractéristique d’Agete.

Aikitaiso 10 (Choku tsuki):

Les deux poings sur les hanches, on exécute un coup de poing direct (choku tsuki) du côté droit en avançant le pied droit. On ramène le poing sur la hanche, et on frappe à nouveau, du côté gauche cette fois.

Dans l’ouvrage « Daito ryu Aiki Goshinjutsu Kyohon », aucune précision n’est apportée sur un lien avec le Taisabaki, mais sur les images ci-dessous (1~8), on illustre un entraînement où on associe aux frappes un Taisabaki à droite et à gauche.

En pratique, Sagawa sensei ne plaçait pas le poing sur la hanche, Ohara sensei nous apprend qu’il faisait des répétitions de Tsuki en laissant pendre les bras: « On reste détendu jusqu’à l’instant où on frappe, c’est également valable pour le poing. Une fois le Tsuki accompli, le bras se relâche à nouveau, sans qu’il soit nécessaire de le ramener à soi de façon exagéré ».


La technique d’atemi (Atemi waza) s’accompagnant du Taisabaki, cela nous mène à ce qu’on appelle l’Aikikenpo.

Voici le mouvement nommé « Boshin chudan tsuki » (défense au moyen du chudan tsuki) en Daito ryu aikikenpo, qui tire avantage du Choku tsuki et du Taisabaki précédent (9~10).

Dans le système que constitue l’Aikikenpo, l’aboutissement n’est pas de simplement de répondre à une frappe par une autre. On agit de manière à ajouter la force concentrée au déséquilibre de l’Aiki, le tout allié au Taisabaki. Cela augmente considérablement les dommages chez Aite.

On peut également choisir de modifier aussitôt la situation dans un mouvement qui supprime la force. On ne retire pas alors la main qui frappe, on emprisonne tel quel le bras adverse, on saisit son coude, on a alors le choix d’exécuter une puissante technique de projection, ou bien encore une immobilisation (11~12)

Aikitaiso 12:

Les deux poings sur les hanches, avancer le pied droit et en même temps frapper du coude du bas vers le haut. Coude et pied reviennent à leur position initiale. Puis on passe au côté gauche.

Aikitaiso 14:

Les deux poings sur les hanches, on frappe du coude sur le ôté en faisant un pas latéral. Coude et pied reviennent à leurs positions de départ. Puis on effectue le même mouvement du côté gauche.

La technique Aiki qui utilise le coude s’illustre en un éclair. En même temps qu’arrive un rapide coup de poing, on enroule le coude et on dévie, grâce au Taisabaki, l’attaque dans l’instant, en décalant l’angle. La puissance qui en découle ne tient pas compte de la différence de constitution physique.

Aikitaiso 16 et 17:

#Mouvement 16 Poings sur les hanches, on recule la jambe droite, puis on délivre un coup de pied droit devant, et finalement le pied revient en arrière. On retourne ensuite à la position de départ. #Mouvement 17 Même chose en frappant du pied gauche

Aikitaiso 18 et 19:

#Mouvement 18 Les deux poings sur les hanches, on recule un peu la jambe selon la diagonale arrière puis on frappe du pied droit latéralement (Yokogeri). #Mouvement 19 Idem, mais du côté gauche.

Ci-dessous on démontre une technique utilisant les jambes. On déséquilibre en poussant de manière à effleurer de la pointe du pied l’arrière du genou du partenaire. Ce travail est un développement de Yokogeri.

Aikitaiso 20 (Shikotobi):

En montant sur la pointe des pieds, on « divise les hanches » (Koshi o waru). Autrement dit, on répète le mouvement d’extension et de flexion. On pose les deux mains sur les genoux.

*NdT: Koshi o waru fait référence à une pratique du sumo qui consiste à abaisser les hanches en pliant les genoux, pieds ouverts. Puis de là, laisser tomber les hanches. Cela ne correspond pas à la description apparaissant dans le manuel « Daito ryu Aiki Goshinjutsu Kyohon » mais au sein de la section Aikibudo de l’université Tokyo Gakugei de l’époque, on effectuait le Tanren dit « Shikotobi » en conclusion des Aikitaiso (1~3)

*NdT: Les termes Shiko, Shiko o fumu et Shikofumi font tous référence à l’exercice de levée de jambe rendu populaire par le Sumo. Se référer aux articles « La méthode de Tanren de Sagawa sensei ».

Dans Shikotobi (NdT: le bond Shiko), on saute sur place en ouvrant les cuisses et au moment de la réception sur les deux pieds, on laisse tomber les hanches de manière à absorber le choc. En effet, la synchronisation des deux jambes est un point essentiel pour l’exercice « Shiko o fumu ». Les deux mains sur les genoux, on maintient fermement l’arrière des hanches sans briser l’attitude.
Il est bien connu que parmi ses nombreux tanren, Sagawa sensei attachait pas mal d’importance à Shikofumi et de manière identique, Ohara sensei nous dit que Shiko est indispensable dans la pratique en solo (Hitori keiko) (4~7).
En Sumo, on accorde également de l’importance à la formation de l’équilibre lorsqu’on se retrouve sur une jambe, mais dans la transmission de Sagawa sensei, en général, il semble qu’on mette l’accent sur le mouvement où on abaisse le pied.

Ce qui est démontré ci-dessus, Ohara sensei nous confie que « Je ne l’ai observé qu’en une unique occasion« . Il tente ici de reproduire Kuchu Aiki (Aiki en l’air) dont Sagawa sensei fit la démonstration en réponse à la question « Est-il possible à l’Aiki d’agir lorsqu’on est en l’air? » .

On réceptionne en l’air le Tegatana de l’adversaire venant frapper « Shomen uchi » en sautant sur place. C’est difficile de comprendre au moyen des photographies mais le résultat ne provient pas du choc du poids de Ohara sensei avec le partenaire lorsqu’il bondit. Cela ne provient pas non plus du fait de bousculer brutalement ce dernier après la réception. Il se fait expulser en arrière et tombe à la renverse.

Je ne sais pas s’il y a un lien direct avec Shikotobi mais il est habituel d’éprouver un sentiment de stabilité lorsqu’on est au zénith.

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