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Parmi les exercices issus du shinto que préconisait et pratiquait Ueshiba Morihei, certains demeurent assez mystérieux tant au niveau du but recherché que dans la manière de les accomplir. Tous ceux qui ont quelque peu cherché à se documenter sur la pratique du fondateur de l’aikido, ont sans doute entendu parler de Chinkon Kishin.

Il s’agit en réalité de deux exercices distincts provenant du shinto ancien (Koshinto) et remis au gout du jour par des personnes tel que Kawatsura Bonji et Deguchi Onisaburo, deux figures importantes du renouveau du shinto au début du 20ème siècle.

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Deguchi Onisaburo, dans ses jeunes années, accomplissant la posture de Chinkon et Kawatsura Bonji

On a d’une part l’exercice Chinkon (鎮魂, calmer l’âme) et un autre nommé Kishin (帰神, retourner au kami).

Kishin est un ensemble d’exercices à rapprocher de Misogi, ayant déjà évoqué ce sujet, je n’y reviendrai pas. Je préciserai seulement que le but à travers le misogi est de retrouver sa pureté originelle, sa nature véritable, qui est selon le shinto, la même que celle des kami. Un exercice bien connu des pratiquants d’aikido, Ame no torifune, en fait résolument parti.

(Le terme Kami exprime en japonais tout ce qui est digne de vénération, ce petit quelque chose qui crée l’émerveillement si on observe un magnifique couché de soleil, ou un arbre majestueux. Traduire ce terme par dieu ou divinité risquant de porter à confusion, je conserverai le terme Kami)

Ainsi tout être humain a le potentiel de devenir Kami. En tout être humain réside Naohi no mitama qui est une part (wake mitama) du grand esprit originel (ame no minaka nushi no kami). Se référer à Ichirei Shikon Sangen Hachiriki.

Il arrive qu’à travers notre implication dans le quotidien, on perde le contact avec Naohi no mitama. Les quatre aspects d’âmes en nous s’en trouvent perturbées, et par conséquent le corps et l’esprit deviennent anxieux, peinant à trouver le calme.

Dans le shinto, Naohi no mitama est considéré comme le « vrai soi », un état de transcendance capable de rester pur, par opposition à l’Ego. Lorsque l’Ego vit dans le conflit il est impossible d’entendre la voix du « vrai soi ». Pour y remédier on utilise l’écoute silencieuse de la méditation. C’est cela Chinkon.

A noter que les kanji 鎮魂 qui constitue le mot Chinkon peuvent aussi se lire Mitama (魂, Kon, l’âme) et Shizume (鎮, Chin, apaisement). Le terme Mitama Shizume que l’on rencontre parfois est donc synonyme de Chinkon.

Concernant le fondateur de l’aikido, un très célèbre photo datant de 1924, le représente effectuant Chinkon en compagnie d’une personne nommée Matsumura Masumi, quelques parts sur le territoire mongol (cela se passait durant l’expédition nationalo-religieuse menée par Deguchi Onisaburo et certains suivants de la secte Omoto kyo)

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Il semble que contrairement à la secte Omoto kyo qui a par la suite arrêté ce genre de pratique (assimilable au chamanisme sous certains aspects), Ueshiba Morihei poursuivit cet exercice jusqu’à la fin de sa vie.Il existe bien entendu en fonction des courants et des écoles de pensées diverses interprétations et mises en oeuvre de cet exercice, mais on peut cependant tenter d’en dessiner les grandes lignes.

A travers Chinkon, « vrai soi » et Ego ne sont plus en conflit, ils deviennent comme les deux faces d’une même pièce. Et c’est cela que l’on nomme l’unification du Kami et de l’être humain. Chinkon a pour but d’établir notre âme agitée dans le Chufu (Seika Tanden). On peut ainsi trouver son centre physique et son centre de conscience.

Façon de faire Chinkon

  • Faire le mudra que l’on nomme « sabre céleste », qui symbolise l’union avec les Kami

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  • On descend ensuite les mains devant le creux de l’estomac. On place alors la conscience dans le Seika Tanden

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  • On ferme ensuite les yeux. Si cela devient pénible pour les bras, on rectifie l’attitude (shisei) et on ramène de nouveau l’esprit dans le Seika Tanden.

  • On peut lorsqu’on débute, réaliser cet exercice durant cinq minutes seulement, puis avec l’habitude, y consacrer davantage de temps (20 à 30 minutes)

On peut au final considérer Chinkon (Mitama Shizume) comme une méthode de méditation que l’on peut faire facilement et qui est efficace pour équilibrer l’esprit.

Written by Eric Grousilliat

Débute la pratique de l’aikido en 1988. En 1993, rencontre avec Tamura Nobuyoshi sensei dont il va suivre l’enseignement jusqu’au décès de ce dernier en 2010. Tamura sensei lui délivre le 4e dan en 2009. S’installe au Japon, à Tokyo en 2008, et poursuit la pratique de l’aikido au Tendokan...
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2 Comments

amateratsu

Merci pour la démonstration , j’ai commencé à pratiquer et les effets sont très positifs . çà tonifie les bras çà c’est sur .

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